L'histoire

La belle histoire, le plus Lelouchien des films de Claude Lelouch.
Le plus compliqué, par ces destins qui se croisent, ces époques qui s’emmêlent.
Le plus vrai aussi celui où il a mis le plus de lui et de ses idées.

Il était sorti sur les écrans en février 1992 ; à cette époque j’avais eu la chance de le voir sur un très grand écran à Montparnasse. Je l’ai vu alors que j’attendais mon premier et comme toute future maman j’étais très impressionnable. Mais il n’y a pas besoin de tout ça pour qu’il marque les esprits.

Ce film ne se résume pas, ne s’explique pas, il se vit et il vit encore en vous bien longtemps après le mot fin.

L’histoire : c’est le destin d’hommes et de femmes qui se sont connus et aimés ou détestés il y a 2000 ans, lors de la mort de Jésus Christ et du massacre des chrétiens par les romains.
Ces mêmes hommes et femmes sont fait aujourd’hui pour s’aimer aussi ou se détester qu’ils soient forain, flic, institutrice ou voleuse.


Un peu plus

 

Quelle est la part de l’inné et de l’acquis ?
Pourquoi deux êtres se reconnaissent ils au premier regard s’ils ne se sont pas connus dans une autre vie ?
A quoi sert la vie si tout ce qu’elle nous apprend se perd avec nous ?

A ce sujet là il y a de très jolis passages où Paul Preboist dans le rôle de l’instituteur au bord de la retraite et un peu hors norme nous fait part de ses théories sur la vie. L’homme se réincarne mais entre chaque vie il bénéficie d’une vie de repos et cette vie est une vie animale. Jolie théorie je trouve; ma passion des loups et des dauphins (bien antérieure au grand bleu de Besson) ainsi que mon goût prononcé de nager au large où il n’y a plus personne vient peut être du fait que je fus un dauphin et dans un autre vie une louve ce qui expliquerai certaines choses de mon caractère.

Et puis pourquoi a t’on certains dons de façon prématuré si ce ne sont pas des connaissances acquises dans des vies précédentes. Notre inconscient serait notre mémoire devenue partiellement amnésique.

D’où vient le coup de foudre si ce n’est du fait qu’on a déjà aimé et connu cette personne dans une vie antérieure et qu’on la reconnaît du premier coup d’œil.

Pourquoi Patrick Chesnais qui joue un expert artistique reconnaît il la sculpture du Christ parmi tant d’autre si ce n’est parce qu’il a assisté à sa création ?

Quand je parle de ce film, on me dit souvent non je ne connais pas. Et quand je parle de JC et des abeilles d’Israël beaucoup de spectateurs se souviennent d’une scène clé de ce film, scène que l’on revoit à maintes reprises.
Le merveilleux miel du mont d’Israël était produit par des abeilles sauvages et féroces mais juste avant son exécution JC leur donne son sang pour se nourrir, elles vont toutes venir se nourrir de ce nectar et depuis plus aucune abeille n’agresse les hommes, au contraire par leur miel elles nourrissent les hommes de ce nectar, symbole de paix que Jésus leur a offert.

Les abeilles sont le fil conducteur de ce film et elles vont étrangement influer sur la destinée des héros de ce drame.

Pendant 3h30, il va nous parler de destin, d’amour, de religion, de justice, de guerre, de hasard et de coïncidence.
On peut partager ou non ses idées mais on ne peut pas rester indifférent devant ce film.
Les scènes de charnier lors de l’extermination des chrétiens, restent d’actualité 2000 ans plus tard ; elles sont renforcées par les résonances aussi dans la vie des héros au 21e siècle.

Le tout sublimé par une musique qui vous remue et des images d’un rapace sur fond de ciel bleu d’une beauté époustouflante qui rend ces images encore plus fortes et plus tragiques.
Honnêtement je n’ai jamais vu quelqu’un d’autre que Lelouch manier l’image et la musique avec autant de persuasion.

Je pourrais en parler pendant des heures, je vais finir par vous donner une partie des acteurs de ce film : Gérard Lanvin et Béatrice Dalle qui vont passer 2000 ans à se chercher et à tenter de s’aimer.
Patrick Chesnais, Vincent Lindon et Marie Sophie L. Les instruments du destin.
Et bien sur Paul Preboist dans le rôle du professeur aux enseignements décalés.

La musique est bien sur de Francis Lai comme d’habitude mais aussi de Philippe Servain. Celui-ci a réalisé d’autre B.O. pour Lelouch, mais celle-ci a eu sa part de succès en tant que tel alors qu’à l’époque la mode des B.O. était bien moins développée.

Le photographe Jean Yves Le Mener est lui aussi un habitué des films de Lelouch, avec entre autre « Itinéraire d’un enfant gâté » mais aussi « 9mois » ou « Fanfan ».

Pour finir je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager le prologue d’Hubert Reeves, dit par lui même au tout début du film

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« Il faut être prudent dès que l’on parle de prédiction. C’est pourquoi je refuse de faire des prédictions sur l’avenir et cela est basé sur le fait que dès que l’on entre dans les phénomènes humains il est impossible de prévoir l’avenir.

Pourquoi, parce que le seul fait de faire des prédictions influence ce que nous allons faire. C’est pas du tout ce qui se passe en science, en science vous pouvez prévoir qu’un électron va faire ça, il ne le sait pas lui, il va faire ce qu’il a à faire. Mais le seul fait que l’on prenne conscience de cela va influencer ce futur, et toute la question est de savoir s’il va l’influencer suffisamment pour renverser ce spectre de la destruction, et là on rentre dans la question de savoir si on est optimiste ou pessimiste, moi je dirais que je suis volontairement optimiste.

On ne peut que vouloir être optimiste parce que si on est pessimiste c’est foutu aussi. Si on décide que non et que malgré tout on décide de faire quelque chose, alors il y a la possibilité que cela se passe bien et que l’humanité soit encore présente dans quelques siècles ou quelques milliers d’années, et que l’on dise que nous avons cette crise à passer et qu’on l’a relativement bien passé.

Il y a des gens qui disent que j’ai confiance en l’espèce humaine, mais c’est très dangereux de dire des choses comme ça. D’abord l’espèce humaine n’a jamais rencontré des problèmes comme ceux que nous rencontrons aujourd’hui. Les gens disent que l’espèce humaine a toujours résolu ses problèmes, c’est faux. Je crois que nous sommes notablement mauvais à résoudre nos problèmes, la preuve, les problèmes aussi simples que celui de la guerre, du racisme, de l’oppression, on est lamentable. Regardez l’histoire des hommes ces quelques centaines d’années et après ça dites que l’humanité a réussi à résoudre ses problèmes. Il n’y pas un pays qui n’ait pas d’histoire lamentables à raconter, d’oppression, de racisme, de carnage.

Je crois qu’on est mauvais et comparativement à n’importe quel espèce animale on est particulièrement mal adapté. Nous n’arrivons pas à vivre avec notre entourage de façon harmonieuse ce que la plupart des animaux font très bien. Mais que là nous sommes au contraire appelés à nous dépasser, peut être pour la premières fois vraiment, parce que nous serons acculés à nous dépasser, c’est cela ou rien. »

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